Le capital risque ou venture capital (par Lachemi Siagh)

Le capital risque ou venture capital (par Lachemi Siagh)

Lachemi Siagh 2010Les entreprises se plaignent toujours du manque de réactivité, voire du refus fréquent des banques algériennes de financer leurs projets économiques. L’une des raisons est que les entreprises ne respectent pas toujours ce que l’on appelle la structure de capital et ne pensent qu’à la dette pour financer leurs projets. La structure de capital, c’est le rapport entre l’apport en fonds propres, ce que les Anglo-saxons appellent «equity» ou équité et la partie dette. Selon les projets, un rapport acceptable est généralement de 30 % fonds propres et 70 % dette. Pour un banquier, plus la partie fonds propres est élevée, soit 40 ou 50 %, plus c’est un signal encourageant pour lui. C’est-à-dire le projet est bien étudié et l’entreprise est prête à prendre une part importante du risque. Lorsque la partie fonds propres est faible, soit 10 ou 15 %, ce qui est malheureusement souvent le cas, alors le banquier est devant une structure de capital déséquilibrée et n’est donc pas prêt à prendre tout seul 85 ou 90 % du risque. Par conséquent, il refuse, et à juste titre, de financer le projet.

Pour remédier à cette situation, les entreprises qui sont dans ce cas de figure n’ont pas d’autre choix que de faire appel au capital risqueur.

C’est quoi le capital- risque ? C’est une forme de capital non côté (private equity). Le capital risqueur rentre dans le capital d’une société pour renforcer les fonds propres de celle-ci, améliorer sa structure de capital et rendre son financement acceptable aux banques. L’objectif du capital risqueur n’est pas de rester indéfiniment dans l’entreprise. Généralement, il négocie une clause de sortie au bout de cinq ans ou jusqu’à ce que l’entreprise ait atteint ses objectifs de croissance et peut voler de ses propres ailes. Le capital risqueur s’attend en contre partie de sa mise de fonds à réaliser une plus-value importante par la cession ou la vente de sa participation. La sortie peut se faire soit de gré à gré, soit par l’introduction en Bourse. L’utilisation du capital risque est une forme d’intervention qui convient aux PME et aux entreprises familiales qui ont des difficultés à accéder au financement bancaire et qui veulent préserver l’actif familial.

Le capital risque est un des segments du capital investissement. Les autres segments sont, entre autres, le capital développement, le capital retournement et le capital-transmission (buy out). Le capital développement concerne des entreprises établies ayant une taille significative et positionnées sur le marché. Le but de l’intervention est le financement pour stimuler une croissance interne ou externe. Le capital- transmission vise l’acquisition d’une part d’une société. Il s’agit de la transmission d’une part de la propriété. Celle-ci peut se faire en ayant recours aux emprunts bancaires (leveraged buy out). Le capital retournement vise l’acquisition d’une part majoritaire du capital d’une société en difficulté financière. Il s’agit d’une opération de redressement.

Le capital- risque vise, quant à lui, l’apport non seulement de capital mais aussi d’expériences, de réseaux à la création (capital amorçage). Il permet un partage des risques. Il est souvent utilisé dans les secteurs à fort potentiel comme les hautes technologies. Il peut intervenir dans les financements de semence ou «seed money» et les financements de création «start up». Il a été développé aux Etats-Unis à partir de 1945 à l’initiative d’investisseurs privés et a connu un grand essor à partir de 1950 dans l’industrie électronique. Il a connu un réel décollage avec l’introduction de mesures fiscales, à savoir la transparence fiscale pour la société de capital-risque. Il s’agit de la réduction, voire l’élimination pure et simple de l’imposition des plus-values pour les actionnaires des sociétés de capital-risque. Les plus-values de cession sont exonérées fiscalement si les actions de la société de capital-risque sont détenues pendant une certaine période allant de 3 à 5 ans.

Une loi sur le capital investissement en général a été adoptée par les autorités compétentes en Algérie. Elle représente une grande avancée mais nécessite quelques ajustements en matière de différenciation entre le gestionnaire et le fonds de private equity qui sont considérés comme confondus dans la loi. De même une transparence fiscale totale doit être considérée. La loi stipule un paiement de 5% d’impôt, alors que l’impôt a déjà été payé par la société cible qui a bénéficié du private equity.

Le private equity représente la seule alternative de financement pour beaucoup d’entreprises qui veulent financer leur croissance et pour lesquelles les banques ne peuvent pas faire grand-chose à cause du degré élevé de risque. Le private equity ne s’adresse pas uniquement aux entreprises de haute technologie et aux PME. Tous les secteurs ont pratiquement besoin de fonds en equity.

Les grandes entreprises algériennes aussi (pas nécessairement PME) peuvent donc y avoir recours pour financer leur croissance. Les investissements étrangers peuvent l’utiliser et permettre à l’épargnant algérien de bénéficier de leur rentabilité. Outre l’assistance aux entreprises ayant besoin d’un renforcement de leurs fonds propres, l’introduction du capital risque en Algérie est nécessaire pour développer les marchés financiers. Cela permettra à terme la sortie des fonds de private equity en introduisant des entreprises sur le marché boursier. Le private equity peut fournir un outil de placement aux investisseurs privés et institutionnels. Les seuls outils de placement disponibles sur le marché actuellement sont les valeurs du Trésor. Le private equity peut fournir un outil de placement pour les investisseurs institutionnels étrangers. La création de fonds de private equity accessible au grand public permettrait de faire participer les ménages aux occasions d’affaire auxquelles elles n’ont pas habituellement accès. Enfin, il permet la mise en place des bonnes pratiques de gestion au sein des entreprises bénéficiaires et d’assurer une bonne gouvernance grâce à la formalisation de différents comités, des conseils d’administration et des assemblées générales, à la mise en place de réunions mensuelles structurées, au suivi mensuel des états financiers et à l’élaboration d’un rapport annuel public.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE