L’économie algérienne est-elle atteinte du syndrome hollandais ? (Par Lachemi Siagh)

L’économie algérienne est-elle atteinte du syndrome hollandais ? (Par Lachemi Siagh)

Eu égard aux recettes pétrolières astronomiques engrangées par l’Algérie, à la réduction substantielle de sa dette extérieure et à la maîtrise de l’inflation entre autres, d’aucuns s’attendaient à ce que la croissance économique avoisine celle de la Chine, soit une croissance à deux chiffres. Les dirigeants politiques avaient même souhaité qu’elle soit portée à 8%. Or, nous constatons que la croissance économique, au lieu de se raffermir au cour des années a stagné autour de 4%. Le pays s »était même désindustrialisé. A quoi est donc dû ce paradoxe ?

Les économistes attribuent cela à un ou plusieurs des quatre facteurs suivants :

a) Le comportement rentier

Cette notion a été utilisée pour expliquer les blocages du développement dont le modèle est axé sur l’exportation des ressources naturelles, le pétrole en l’occurrence. Elle fait référence à l’idée d’une disparition des comportements basés sur la production au profit de comportements d’accès aux revenus liés à l’apparition d’une rente. Cette rente est une manne dont l’économie d’un pays n’a aucun mérite du fait qu’elle n’est autre que le don de la nature. La plupart des pays arabes exportateurs de pétrole étaient sujets à des comportements rentiers se traduisant par une frénésie de consommation publique et privée atteignant des seuils de diversification parfois supérieurs à ceux constatés dans les pays développés, dans un contexte où les structures productives s’atrophient. L’amélioration du bien-être économique et social, les services, les subventions à la consommation, dans les économies de rente, confère toute l’apparence du développement, sans que celui-ci ne soit généré par une assise industrielle et une base productive sources de croissance durable et non aléatoire.

b) Le manque de capacité d’absorption du capital

Selon les économistes, tout pays dispose, à un moment donné, d’une capacité d’absorption de capital limitée et d’un optimum d’investissement à partir duquel toute augmentation des dépenses en capital devient inefficace et improductive. Dans le cas particulier de l’Algérie, la notion de capacité d’absorption du capital permettrait d’expliquer l’absence de construction d’une base productive à partir de cette rente. Comme nous le savons, l’Algérie a engagé plus de 500 milliards de dollars d’investissement dans des projets d’infrastructures. Ces montants devraient permettre de favoriser l’émergence de champions nationaux et la promotion de chantiers industriels nationaux publics et privés capables de créer de la richesse et de diversifier l’économie.

c) L’industrie enclavée

Cette notion est utilisée par les économistes pour expliquer les limites de l’industrialisation d’un pays exportateur de pétrole comme l’Algérie. L’industrie pétrolière, à l’instar des autres industries extractives, est une industrie enclavée. Les effets d’entraînement sur le reste de l’économie sont faibles. Trois types d’effets peuvent caractériser l’industrie pétrolière enclavée : L’effet induit à travers l’équipement pétrolier, l’effet induit à travers la masse salariale distribuée par l’industrie pétrolière et l’effet induit par les possibilités d’investissement offertes à travers les profits réalisés. En Algérie, aucun de ces trois facteurs ne joue pleinement. Le secteur pétrolier est sans lien direct avec le reste de l’économie. Il n’y a pas d’effet d’entraînement sur le potentiel productif national. Le lien entre le secteur pétrolier et le reste de l’économie dépend de la manière dont l’Etat utilise les recettes tirées des hydrocarbures.

d) Le syndrome hollandais

Cette expression définit un phénomène paradoxal auquel avait fait face l’économie hollandaise suite à la mise en exploitation de son gisement de gaz naturel de Slochteren. Ce phénomène signifie que le boom dans un secteur qui produit une ressource naturelle comme le pétrole ou le gaz tendrait à compromettre tout effet d’industrialisation ou de diversification des exportations, aggravant ainsi la vulnérabilité de l’économie.

Dans les modèles du syndrome hollandais, la baisse de la production manufacturière serait due à l’effet réallocation des ressources selon lequel l’industrie extractive s’accapare le gros des investissements consentis et à l’effet dépense via la croissance de la demande domestique induisant de facto une appréciation du taux de change réel préjudiciable à la compétitivité-prix de la production locale. Mais souvent, ces deux effets se conjuguent.

Il ne faut pas perdre de vue que l’accroissement des recettes pétrolières de l’Algérie est conjoncturel et n’est donc pas susceptible d’induire une diversification de la base productive du pays. La faible diffusion des effets d’entraînement sur le reste de l’économie est due à la rigidité des structures économiques, sociales et culturelles.

Avec la baisse du rythme de la croissance économique, la régression de la production industrielle, la diversification de l’économie qui tarde à venir, l’accroissement substantiel des importations et la gestion administrative du taux de change, il est légitime de se demander si l’économie algérienne n’est pas finalement atteinte du syndrome hollandais.

Lachemi Siagh est docteur en management stratégique et Conseiller en investissement financier, membre de l’ACIFTE